Le musette
Si la musette est un instrument, le musette est un style musical.
Vers 1850, l' expression bal-musette apparaît et désigne le lieu où se produisent les joueurs de musette, ou cabrettaires.
La cabrette ou musette est alors très populaire dans le milieu auvergnat de Paris.
C'est à cette époque, dans un Paris en plein essor économique, que les bals-musette connaissent une grande popularité.
Les Auvergnats viennent dans la capitale et ouvrent des brasseries et des cafés-bois-charbons dans les quartiers du 11 ème, 12 ème, 19 ème et 20 ème arrondissements.
Dans ces mêmes quartiers, s'installent des immigrés italiens et le style musette est issu de cette rencontre entre immigrés auvergnats avec les immigrés italiens.
Dès 1880, les accordéonistes (diatonique) italiens accompagnent les joueurs de musette.
En 1900, pour l' exposition de Paris, l' italien Paolo Soprani obtient un triomphe avec les accordéons qu' il fabrique.
Ce n' est pas l' inventeur, mais l' initiateur de l’industrie italienne de l’accordéon.
Dès lors, beaucoup d'auvergnats se mettent aussi à jouer de l'accordéon et le musette compte alors deux courants :
celui dans lequel collaborent la Cabrette et l'accordéon, puis celui qui voit l'accordéon s'imposer.
Antoine Bouscatel et Charles Péguri
Une rencontre, celle d' Antoine Bouscatel (1867-1945) et Charles Péguri est importante pour l' avènement du style musette.
Antoine Bouscatel, joueur de musette monte à Paris pour prendre la gérance d'un café rue de Lappe.
Charles Péguri fabrique des accordéons. Il invente le bandonéon chromatique, un bandonéon produisant les mêmes notes en ouvrant et en tirant le soufflet , et avec des claviers adaptés au jeu des
accordéonistes.
Ils se mettent à jouer ensemble dans le café de la rue de Lappe.
Bouscatel ne voulait pas entendre parler d'accordéon. Mais, un jour, la grande rencontre se produit. La salle était petite, basse, enfumée et « grouillante d'une
jeunesse pleine de vie ». On est en 1904-1905. Charles est entré, livide. Sur l'estrade, le patron est en train de jouer: « Grand, mince, portant la blouse légendaire, Bouscatel " donnait à
danser " , Tout en manipulant bras et jambes - car il portait des grelottières - il regardait évoluer sous lui la masse compacte des danseurs. » Péguri insiste pour parler à Bousca. Le
cabrettaire reste froid.
- « C'est que je suis musicien, Monsieur Bouscatel... »
- Bouscatel n'a besoin de personne.
- « je joue de l'accordéon »,
s'enhardit Péguri, et l'autre de lui clouer le bec:
- « De l'accordéon? Qu'est-ce que c'est? »
Charles lui montre son instrument, Bousca fait une moue peu convaincue:
- « C'est étrange ce truc-là. Et tu fais de la musique avec? »
Mais, probablement Bouscatel avait déjà compris, admis les qualités spécifiques de l'accordéon car, lorsque, à sa demande, Péguri lui joue un air, aux « premières
notes, le regard de Bouscatel devint éloquent ». Le voilà maintenant qui grimpe sur l'estrade rejoindre Charles... Un! deux! trois! côte à côte cabrette et accordéon, c'est du jamais-vu, une
première! Le succès aussi est inattendu, les danseurs en redemandent, ils exultent! « Ça tourne! Ça tourne! » les encourage Bousca.. Des valses, à n'en point douter... Il faut entendre, sous la
plume de Louis Pèguri, Antoine Bouscatel prononcer l'oraison funèbre de sa musette et l'éloge du nouveau roi de la rue, l'accordéon! S'adressant à Baptiste son joueur de vielle:
"Les jours de ma cabrette sont comptés, et ceux de ton biniou aussi ! Ce bougre d'instrument nous amène la ruine! A moins que ! ... Alors, les gars! qu'en
pensez-vous, c'est du merveilleux qui nous tombe du ciel. C'est une révolution qui se prépare. Avez-vous entendu ? C'est rond, c'est chaud, c'est vivant. Et c'est tout un orchestre, cet
instrument du diable! Il vous a mis les trippes à l'air ce biniou de Satan.
Alors, écoutez bien ce que va vous bailler Bouscatel. C'est décidé. Dans mon bal de la rue de Lappe, on y jouera de l'accordéon avec ce phénomène de Péguri. Et,
je vous le dis, foi d'Auvergnat, je refuserai du monde à ce bal... Et moi mort, on dansera encore rue de Lappe".
Emile Vacher (1883-1969)
Emile Vacher commence par la volonté de son père a jouer de l' accordéon à 10 ans.
Le gamin apprend tout seul et joue rapidement les airs connus.
Il devient vite la "vedette" de son quartier.
Le père voit rapidement le profit qu'il peut en tirer et se rend dans un café de Montreuil, le Bal Delpech où il propose à la patronne que son fils remplace le vieil italien qui assurait
jusqu'alors l'animation à l'accordéon.
Emile accompagné par son père à la grosse caisse, se produit dans de nombreux bals.
Au café Au Puy-de-Dôme , il fait même danser Casque d'Or, que le cinéma immortalisera dans le film homonyme de J. Becker.
En 1908, le père Vacher décide d'ouvrir son propre bal rue de la Montagne Sainte Geneviève, premier bal musette (jusqu'alors, on parlait de bal à la musette). Le jeune prodige créé un style
différent.
Son accompagnateur est un harpiste !
Le succès est au rendez-vous.
Sa notoriété grandissante permet à Emile de se produire régulièrement dans les radios parisiennes, mais aussi d'enregistrer un grand nombre de disques (des 78 tours) : on parle de 500 morceaux
gravés sur le vynil, certains se seraient vendus à plus de cent milles exemplaires.
Dans les années 20, il rencontre le pianiste Jean Peyronnin; c'est le début d'une longue collaboration. Celui-ci va marquer l'histoire de l'accordéon en étant l'auteur ou le co-auteur de certains
des morceaux les plus connus : Reine de Musette, Brise napolitaine, Bourrasque, Défilé des Accordéonistes, etc.
Emile Vacher devient la première star de l'accordéon : la fortune (dans les deux sens du terme!) lui sourit, il est devenu incontournable. Ses tournées le conduisent dans toute la France, mais
aussi à travers l'Europe.
Mais la chance commence à tourner au sortir de la deuxième Guerre Mondiale : le style évolue, de nouveaux accordéonistes apparaissent et le public commence à lui préférer ces jeunes vedettes de
l'accordéon. Millionnaire, il dilapide sa fortune. Il est obligé d'abandonner la "vie de château" qu'il menait. Il meurt en 1969 d'un cancer dans une indifférence quasi totale.
Grand compositeur, on lui doit notamment Les Triolets et Reine de musette ...
Il finira dans la misère.
informations glanées sur
Jo Privat (1919- 1996)
Ascendance auvergnat du côté de son père et piémontaise du côté de sa mère.
Il commence à jouer à neuf ans sur un petit accordéon et pour la petite histoire, sa grand-mère, qui avait gagné à la loterie nationale, lui offrit un bel instrument.
Il débute comme maçon avec son père, mais gagne mieux sa vie en jouant dans les cours et les restaurants alors sans hésitations lâche la truelle pour l' accordéon.
Sa tante tient une maison de tolérance, dont un client n'est autre que : Emile Vacher.
Jo devient alors un acteur important du style musette.
Le musette évolue au fil des rencontres entre musiciens et c' est ainsi que Django Reinhardt s'allie à des accordéonistes comme Jo Privat, Tony Murena, Gus Viseur et donne naissance au
swing musette à la fin des années trente.
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